Pure St Barth Magazine, #7

Pure St Barth Magazine, #7

Interview avec Helene Bernier
by Ellen Lampert-Greaux

Quand as-tu commencé EASY TIME et dans quel but?
En 2002, j’étais employée à la crèche du Guanahani. Chaque année les clients fidèles me demandaient des informations précises sur les activités de l’île, les endroits à découvrir, le shopping, et comment s’y rendre. J’ai réalisé qu’il était impératif d’aider nos touristes en les informant sur St Barth, et j’ai créé Easy Time. A la suite d’un long périple dans les petites Antilles, à chaque destination, une activité de guide était proposée aux visiteurs, j’ai réalisé que ce service avait toute sa place à St Barth. Cette nouvelle activité, permettait aux vacanciers de découvrir un autre aspect de l’île, hors des sentiers battus, en découvrant le vrai St Barth.

Quant est née l’association St Barth Essentiel et dans quel but?
St Barth Essentiel a débuté en 2009 par sa présence sur Facebook, le but étant de préserver le Vrai St Barth c’est-à-dire tout ce qui en est l’âme, les cases traditionnelles, les vieux murs de pierres, la flore (gaïacs, cactus…), sans oublier la faune. Il a fallu toute l’énergie de l’association pour faire signer par les électeurs une pétition concernant la protection des zones naturelles des constructions débridées d’hôtels (à Saline, Toiny, Grand Cul De Sac). Bien que cette pétition ait été codifiée par la loi organique, le Président du Conseil ne l’a pas encore portée à l’ordre du jour, devant le Conseil. Nous avons du saisir le tribunal administratif et obtenir son inscription comme le prévoit la loi. Le but de l’association : la protection de l’environnement, le développement des intérêts historiques, culturels, et patrimoniaux de Saint Barthélémy. Comment ? Par le biais d’actions, d’événements, de conférences, d’ateliers de formation et information et la venue de scientifiques compétents en la matière.

D’ou vient ton intérêt dans l’environnement?
J’aime la nature, j’aime mon île et avec Easy time, j’offre des randonnées pédestres en pleine nature et partage ainsi avec nos visiteurs et nos résidents ma passion pour Saint-Barthélémy. J’ai vu un jour une pelle mécanique qui arrachait des arbres, dont des gaïacs, (espèce protégée par arrêté ministériel), autrefois les Gaïacs avaient un rôle essentiel dans la construction des cases en assurant leur solidité. Il était inutile de parler au pelleteur qui ne faisait que son travail, sans comprendre ma colère. Il fallait que j’arrive à transmettre au public l’importance de la protection de la flore et de la faune, afin que ce même public agisse différemment et comprenne combien l’écosystème est important et précieux. J’ai commencé à solliciter la venue de scientifiques tel Félix Lurel et je propose des sorties sur le terrain et des conférences visant à sensibiliser le public.

Les élus disent toujours qu’ils sont là pour la protection de l’environnement…est-ce vrai ou faux, et pourquoi ?
Tout politicien doit défendre et respecter cette cause, certains par conviction et d’autres par obligation, mais d’autres ne font aucune démarche positive. A Saint-Barthélemy la conviction n’a jamais été primordiale sinon ils n’accepteraient même pas l’idée d’un hôtel sur la plage des Salines ; ils auraient réagi en créant un service de l’environnement. Ils n’ont mis en place qu’une simple commission. J’attends avec impatience le rapport du conseil exécutif sur la situation de Saint-Barthélemy en matière de développement durable et sur les programmes visant à améliorer cette situation. Aucun représentant n’a été « désigné officiellement » par la commission au sein du Conseil exécutif, ce qui montre le peu d’intérêt des dirigeants pour cet aspect essentiel de la vie de l’île.

Que penses-tu de la nouvelle zone industrielle à Petite Saline ?
Une zone de concassage et de compostage nécessite une zone industrielle dans l’île, le choix de la zone est un vrai casse-tête. Regrettons simplement la mise en route de l’exploitation alors que la zone était encore verte, devenue industrielle simplement à la demande de l’exploitant. Afin d’éviter l’anarchie sur d’autres sites, il m’aurait paru logique que la collectivité explique, avant décision la raison de son choix au lieu de s’en justifier après.

Par rapport à Petite Saline. Tu penses que c’est un bon choix pour une zone industrielle et comment peut on y vivre?
Les élus auraient pu s’expliquer avant … mais tu n’as pas dit que c’était un mauvais choix ?
Pour la simple raison que je ne suis pas un élu, et je n’ai pas toutes les données en main, j’ai dit que les élus auraient dû s’expliquer au lieu de se justifier. Je considère le carrefour de petite Saline, comme un endroit stratégique pour les touristes, cette zone industrielle pourrait rapidement le dénaturer. Très rapidement aussi la collectivité a choisi ce terrain de la collectivité pour le dépôt des déchets végétaux alors pourquoi ne pas l’utiliser également pour le concassage et le compost.

Que faut-il faire pour combler le désastre de Grand Cul de Sac ?
De tout temps le lagon de Grand cul de sac a été un lieu magnifique où il faisait bon s’y promener en famille ou avec des amis. Au fil du temps la magie disparaît en raison de surconstructions. L’arrivé de ce complexe et les pressions des sports nautiques pourraient dégrader la réserve marine anéantissant des années de travail de protection. N’étant ni juriste, ni architecte, il me semble néanmoins que cette catastrophe était annoncée. Incohérent par rapport au site et à la nature du sol, ce projet devrait entraîner un surcoût du chantier que la crise ne fait qu’aggraver. Aujourd’hui, la collectivité dispose de tous les arguments pour imposer la remise en état des lieux, avec un minimum d’hygiène et de salubrité. Pourquoi ne pas racheter le projet en l’état, donc à bas prix, ce qui soulagerait le promoteur de l’opération ? Pourquoi ne pas suggérer à ceux qui expliquent le manque cruel de chambres d’hôtel d’investir ailleurs que dans des zones naturelles ?

A ton avis quels sont les sites à protéger d’urgence et est-ce encore possible ?
Bien sûr c’est toujours possible. En voici : Toute la pointe de Colombier, la plage de Toiny, les abords de la plage de Saline, les 5 étangs restants (sur les12 auparavant), la grotte de Gouverneur et les plages en général ! En somme : Les zones naturelles, le patrimoine, les murets en pierres à Grand Fond, les anciennes cases au vent et sous le vent (il en reste si peu), les chapelles, la flore et la faune, la tradition de la vannerie en Latanier, le patois, le créole, ….tout ce qui fait le charme de St Barth, un produit à la mode, mais gardons le naturel et non le superficiel. Que faut-il faire pour vraiment protéger les plages, les sites comme Toiny et Colombier, etc.Ces deux plages sont importantes dans notre paysage, l’une, Toiny étant la plus sauvage et la plus dangereuse ; l’autre, Colombier, une des plus belles des Caraïbes, alors simplement que les élus les classent en zone non-constructible.

Que conseillez-vous pour les poubelles, les décharges sauvages, les remblais dans les étangs… ?
Il faut avouer qu’il y a ici un manque de civisme et d’éducation d’une partie des résidents et des visiteurs. La Collectivité pourrait agir de deux façons :

  • Appliquer sa propre réglementation, avec, si besoin les sanctions prévues.
  • Ayant supprimé, avec raison, certains dépôts de conteneurs communaux, veiller à ce que le ramassage (public ou privé) soit cohérent et faciliter l’accès des usagers au centre de traitement de Public .De gros efforts ont été réalisés à ce jour.

Comment est-ce possible de traiter l’ile de cette manière?
Quand j’étais petite, les gens de Grand Fond allaient jeter leurs bouteilles et cannettes au bord de la mer… il existe encore des traces de cette décharge. Les générations précédentes, n’ayant aucun endroit approprié, jetaient les ordures à la mer ou dans la nature .Difficile de redresser un arbre qui a poussé de travers ! C’est toute une éducation à refaire à ce niveau là. Pour les autres, c’est la facilité et l’égoïsme pur et simple.

Pourquoi, à ton avis, est-ce urgent de ne pas construire un hôtel à Saline ?
St Barth vit du tourisme, nos visiteurs adorent Saline, c’est une des plages les plus fréquentées parce que naturelle et sauvage. Les autres plages sont urbanisées sauf trois dont Saline. St Barth a-t-il besoin d’un autre hôtel ? Il peut y avoir des impératifs économiques, mais établissons les avant de sacrifier des espaces naturels. Privilégions la réhabilitation des hôtels existants… !

Comment est-ce possible de voir une décharge ou stockage  industrielle à coté de jolies petites cases à Saline ?
Il existe une législation spécifique pour les décharges et aires de stockage industrielles. Le problème est récurent à Saint-Barth, de jolies cases côtoient des décharges, tout simplement ces décharges ne sont pas autorisées à cet endroit. C’est cette proximité qui vient ternir l’image de notre île connue dans le monde entier.
Il faut que la collectivité fasse en sorte que ces « dépôts sauvages », soient interdits et sanctionnés. Ceux qui se plaignent de ne pas savoir où entreposer leurs engins et leurs déchets, devraient réfléchir aux solutions avant d’importer ces machines disproportionnées et d’accepter ces chantiers de démolition.

Que peut-on faire pour protéger les cases traditionnelles dans l’ile, elles deviennent rares, comme celles de Flamands qu’on vient de détruire ?
Je ne sais s’il existe des moyens juridiques pour protéger ces cases, hormis le bon sens et le respect du patrimoine. On protège bien des espèces végétales, pourquoi pas ces bâtiments classés et inventoriés. Peut-être que les propriétaires de ces cases en seraient contrariés, préférant leur indépendance au détriment de l’histoire de l’île.

Les touristes adorent la nature de St Barth, Washing machine et Colombier… quand l’ile sera trop construite, que faire?
Partir ailleurs où le respect existe…

A ton avis, quelles sont les 3 ou 4 choses essentielles que la COM peut faire pour parer à cette situation?
Passé de commune à collectivité n’est pas une mince affaire… d’autant que nous allons certainement passer en PTOM. Il est devenu vital d’appuyer sur la touche PAUSE, pour les constructions, sinon nous allons droit à notre perte. Pensons à un vrai Hôpital, à une maternité… Prévoyons un nouveau système de protection sociale propre à l’île. Il faut un service environnement propre à la collectivité. Je suis contre l’idée de laisser la réserve marine occuper cette fonction. Le service doit être créé, par la collectivité, propre à cette collectivité afin que la réserve assume son vrai rôle. Créer et mettre en place un système de Phytosanitaire au port et à l’aéroport pour éviter les endémies dans l’île et empêcher la propagation.

Comment stopper la construction sur l’ile, beaucoup de jeunes St Barth veulent avoir leur maison dans « leur » île… ?
Au regard de ce que je vois, nous devrions agir avec plus de discernement, favoriser la construction pour les jeunes arrêter les spéculations immobilières.
On donne un permis de construire de plus de 8000m2 à un investisseur et on refuse une case à un jeune, ce n’est pas acceptable.
Une personne qui possède déjà 10, 15 ou 20 maisons, se voit donner un nouveau permis de construire, alors que de jeunes couples ne peuvent s’installer, faute de logements.

As-tu reçu des menaces à cause de tes actions ou celles de l’association… ?
Oui, quand on dit la vérité, ça dérange, on ne se fait pas que des amis. Je suis franche, c’est tout de même mieux que d’être hypocrite ou sans réaction, comme on le voit trop souvent.

Comment vois-tu l’avenir de ton ile?
De nature optimiste, je la vois toujours belle, gardant sa réputation de sécurité. La beauté de l’ile c’est la flore, la faune, les plages, l’air si pur. C’est un joyau que l’on respire. Ecoutons les anciens pour ne pas faire d’erreurs, ils ont la sagesse et l’expérience. Nous avons une notoriété internationale, un excellent contact avec l’étranger, nous les accueillons bien, de nouveaux visiteurs arrivent, beaucoup plus puissants, ils achètent et construisent sur l’île. Assimiler tous ces changements sans perdre notre propre identité, ce serait formidable !!!